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ICI L'OMBRE (ARTE Radio à partir du 20 novembre)

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Auditeurs, 
Amies, 
Ce n'est pas facile d'écrire cette semaine. Je pleure beaucoup, je parle trop, le lis des trucs intelligents et puis je pleure à nouveau. Un mot d'enfant me bouleverse, le statut d'une copine me fout en rogne. Mieux vaut laisser tomber le déni et s'avouer vaincu, choqué, atteint. Reconnaître en soi comme chez les autres les symptômes du choc. C'est beaucoup nous demander. S'il y a un génie national, ce dont je doute parfois, c'est notre empressement à se croire plus malin que le voisin. Plus proche le voisin, plus violente la dispute. Notre indignation oscille de l'événement à ses interprétations, du massacre à ses commentaires. Chacun éprouve ces jours-ci la limite de nos vies numériques. Une discussion entre amis suivie d'une beuverie valent mieux que de trépigner sur son clavier. Et pourtant, c'est aussi là que ça se joue. Au sommet du pouvoir comme dans nos petites têtes. Le sang et les larmes n'étaient pas encore secs que l'Etat français, et l'opinion publique qui lui dicte sa conduite, ont tranché : c'est la guerre. Tous unis contre le Mordor. Fort de nos valeurs républicaines d'humanisme et de tolérance, nous ferons boire nos chevaux dans leur sang. C'est reparti comme en 14. On espérait Churchill, on aura Déroulède (si tu ne connais pas ces footballeurs, demande à ta grand-mère ou à Google, elle savent tout). Et chacun de cracher son dégueulis ordinaire sur les Arabes, la CIA ou les bobos. On s'empare de l'événement pour le lier à sa sauce. En temps de guerre le cerveau nous encombre, un interrupteur nous suffit. Gauche, droite : tant qu'on marche au pas. Ce qui est touché là est aussi la pensée. Il faut pourtant réfléchir contre soi-même et ses réflexes identitaires. Penser en même temps les responsabilités de l'Occident et celles de l'islamisme. Arrêter d'infantiliser les Arabes, les peuples comme les individus, dans une posture victimaire qui pue le racisme et le néo-colonialisme. Reconnaître l'islam radical comme un projet politique dont les intellectuels musulmans et les exilées algériennes parleront toujours mieux que vous. Se souvenir des morts d'Irak et de Bali, de Madrid et de Charlie, mais arrêter de peser les uns contre les autres. Voir dans les massacres ce mélange de djihad et de Columbine, d'idéologie et de Call of Duty. Distinguer ce patchwork de misère morale et de virilisme, d'humiliations réelles et d'orgueil fantasmé, de délire fanatique et de captagon. Et même, tout au fond, reconnaître la lueur ignoble dont on ne parle jamais, ni dans la guerre ni dans l'émeute, la jouissance du mal et la violence comme kif. De même qu'il faut lire Sade pour comprendre Auschwitz, il faut voir comme cette épopée suicidaire, individualiste, anomique et défoncée ressemble à son époque. Et quand on a bien réfléchi, repasser encore un coup par le chagrin. Panser le cauchemar d'une génération éprise de licornes et de crânes, et toutes les vies fauchées. Reprendre le cours des choses en attendant la vengeance des orphelins que l'on fabrique aujourd'hui. Faire de la radio, ce murmure dans le bruit des bottes. Et que dit la radio en temps de guerre ?  
       
ICI L'OMBRE (ARTE Radio à partir du 20 novembre)
- #JeSuisTerrassé > par Charlène Nouyoux et Maxime Fassiotti (3 min) Par solidarité, Jean-Louis Borloo entame une tournée des bistrots. Le zapping-pong propose les meilleures blagues depuis les massacres.  http://arteradio.com/son/61657728/jesuisterrasse
- Y'a deux écoles (1) : les deux fleuves Une série documentaire de Delphine Saltel  Mise en ondes & mix : Arnaud Forest (12 min) Beaucoup de parents, y compris d’origine étrangère et de milieu populaire, mettent leurs enfants à l'école privée. Delphine a choisi l’école publique où ses filles sont parmi les rares Blanches de leur classe. Pourquoi choisit-on une école plutôt que l’autre ? Que dit la sociologie ? Et que valent mes convictions face au réel ? Une enquête à la première personne.  1. Où la mère s'interroge sur les couleurs des fleuves. http://arteradio.com/son/61657725/y_a_deux_ecoles_1_les_deux_fleuves
- Y'a deux écoles (2) : le passage à niveau Une série documentaire de Delphine Saltel  Mise en ondes & mix : Arnaud Forest (12 min) En France, le débat école publique/ école privée est un sport national. En interrogeant des parents, des enfants, des spécialistes et ses propres questions, Delphine Saltel pose à la première personne les enjeux d’un débat brûlant. Quatre épisodes à suivre.   2. Où la sociologie ne calme pas les angoisses maternelles.  ​http://arteradio.com/son/61657729/y_a_deux_ecoles_2_le_passage_niveau
- Le mike et l'enclume #12 : Aminé, Georgio, Abd Al Malik, Kiff No Beat... > une émission proposée par Jérôme Larçin (45 min)  Pour sortir du binaire, les chroniqueurs du Mike et l'enclume prennent le temps d'écouter en détail. Textes, flow, production, parcours : la fille et les gars connaissent la musique. Avec une sélection des bons sons pour Noël.  http://arteradio.com/son/61657721/le_mike_et_l_enclume_12
- Playlist de confort  Retrouvez notre playlist repli-zen-câlin à base de chansons douces, musiques variées et sons exotiques. Pour se détendre entre deux flashes info.   http://arteradio.com/users/arte_radio_playlist
- Séance d'écoute africaine ce samedi  Le Festival des Nouveaux Cinémas Documentaires propose des films rares sur l'Afrique et sa diaspora. Et une séance d'écoute "ARTE Radio en Afrique" suivie de l'avant-première de "Martinik Muzik", un grand documentaire musical de David Commeillas avec Chassol. Samedi 21 novembre à 18h aux Ateliers Varan, 6 impasse Montlouis Paris 11.  https://www.facebook.com/events/1624458747806256/
Bonne écoute,  Bonne semaine,
Silvain Gire (bobo) Chloé Assous-Plunian (juive)  Sara Monimart (anarchiste) Arnaud Forest (terrassier) Samuel Hirsch (musicien)  Marie-Maxime Dricot (jeune) 
ARTE Radio Fuck la mort  http://www.arteradio.com 
 
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